TUMULTES 6/6/6 : "Chronique du chroniqueur à coeur"et"Congiés" de J. Bodel et B. Fastoul TUMULTES
dimanche 11 juin 2006
Au sommaire de cette émission :
– la chronique du chroniqueur à coeur, présentée par Xavier,
– 2 invités : Stephane Verrue et Sylvie Nève pour la présentation des Congiés de Jean Baudel et Baude Fastoul le 8 juin 06 dans la cour du puits du musée d’Arras.
Musiques : CHEIKHA RIMITTI
Pour écouter l’émission, on peut aussi cliquer ici
Chronique du chroniqueur à coeur, le texte :
"France, pays des fantasmes – tumultes 06/06/06
Cher M. Tumultini, ma chronique de ce soir ne sera pas satanique, même si nous sommes le mardi 6 juin 2006. Elle ne sera pas non plus vraiment drôle. Au mieux, elle vous fera rire jaune. Nous allons en effet célébrer à notre manière le vote par l’assemblée nationale de la loi CESEDA (Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile) dite également « loi Sarkozy », du nom d’un médiatique candidat à la présidence et accessoirement ministre de l’intérieur.
Le vote de cette loi dégage une odeur franchement nauséabonde, M. Tumultini, mais nous n’essaierons pas ce soir d’en convaincre nos auditeurs en disant qu’elle institutionnalise des rafles à grande échelle comme au pires époques de notre histoire, qu ‘elle est le symptôme d’un véritable racisme d’état ou encore qu’elle est moralement inacceptable…Tous ces arguments sont évidemment parfaitement valables, mais en ce qui nous concerne, nous n’avons pas envie de chercher à critiquer juridiquement une loi parfaitement illégitime. Pas envie non plus d’en appeler au sens moral pour dénoncer une loi dont la logique est loin d’être nouvelle. Pour rappel, le tollé provoqué par l’expulsion par charter de 101 maliens date de 1986 et était l’œuvre de Charles Pasqua. Ses successeurs de droite comme de gauche n’ont jamais remis en cause les processus d’expulsion et se sont au contraire acharnés à rendre toujours plus draconiens les critères d’accession à la nationalité française, créant ainsi toujours plus de clandestins…
Nous choisirons un angle d’attaque différent : en ces temps de cynisme et de concurrence acharnée, nos concitoyens ont cru comprendre que la solidarité ou la fraternité ne rapportait jamais grand chose et qu’il valait mieux s’efforcer coûte que coûte de préserver ses petits intérêts. Nous allons donc tenter de leur montrer que si la France n’est plus depuis un moment déjà le pays des droits de l’Homme, le pays du cœur et des passions, la patrie de Descartes doit au moins rester celle de la raison. Nous allons nous adresser à la raison de nos concitoyens, en leur montrant que l’intérêt d’un ministre pourri d’ambition ou d’un vieux millionnaire borgne et haineux n’est pas forcément le leur.
– La communication du ministère de l’intérieur, paresseusement reprise en boucle par tous les grands médias, met en avant « l’immigration choisie » contre « l’immigration subie ». Tout ce beau monde oublie un peu vite que depuis que l’Etat français gère les flux migratoires, l’immense majorité des naturalisations est destinée à satisfaire les besoins économiques ou de notre pays. En 1945 déjà, De Gaule subordonnait l’immigration à la défense des « intérêts nationaux ». Ce qui dérange M. Sarkozy, ce sont plutôt les droits des étrangers à vivre en famille et dans des conditions décentes, droits supranationaux notifiés dans la convention de Genève dont la France est évidemment signataire. Notre ministre des rafles voudrait donc pouvoir « choisir » une main d’œuvre corvéable à merci sans « subir » le respect de ses droits fondamentaux.
– M. Sarkozy et ses amis voudraient nous faire croire qu’abandonner ses proches, sa culture et son mode de vie et risquer sa vie dans des périples de plusieurs milliers de kilomètres est un choix naturel pour tous les candidats à l’immigration. Mais agiter le fantasme de hordes d’étrangers obsédés par l’invasion de nos frontières ne suffit plus. Il faut désormais agiter la menace de « clandestins de l’intérieur » dont on crée de toutes pièces le statut (ou le non statut). Cette démarche paradoxale, qui vise à fabriquer des clandestins et de s’effrayer de leur augmentation doit être mise en parallèle avec un autre type d’opportunisme politique : « Si l’on réserve les avions avant d’avoir de quoi les remplir », comme c’est le cas actuellement, « c’est bien que la volonté d’expulser précède le stock de personnes expulsables », et qu’il faut se donner les moyens de les débusquer.
– Ces méthodes et cette pseudo logique qui rappellent le délire de la purification ethnique a une double fonction : elles permettent de cristalliser la colère de citoyens qui voient leurs conditions de travail se dégrader, leur niveau de vie diminuer, leurs emplois menacés par une mise en concurrence sociale et salariale désormais mondialisée. La France est le troisième pays du monde le plus convoité par les investisseurs étrangers. Malgré cela, nos grands patrons ne manquent jamais d’agiter le spectre de délocalisation en rappelant au bon peuple que les chinois ou les indonésiens travaillent pour bien moins cher. Il est également très utile d’accompagner cette menace du maintien volontaire , sur le territoire national, d’une catégorie de travailleurs clandestins ne pouvant revendiquer aucun droit. Cela permet aux grands patrons de faire pression sur les travailleurs bénéficiant d’un statut et de niveler vers le bas tous les droits sociaux, en recourrant à un triste chantage.
– Dans la loi CESEDA, M. Sarkozy s’est donné la peine d’évoquer le codévelloppement. Tous nos concitoyens doués d’un peu de bon sens sont en effet convaincus qu’il pourrait s’agir d’une des solutions au drame des candidats à l’immigration. Pourtant, dans le texte de loi, rien n’est précisé sur ce versant du projet, et lorsque M.Sarkozy se déplace au Mali, c’est pour expliquer que la France est un « pays pauvre » qui ne peut pas se permettre d’aider ses voisins africains. Des solutions simples existent pourtant, sans que le contribuable français n’ait à verser un seul centime. Commençons donc par dénoncer les relations entretenues entre l’Etat français et des régimes africains totalitaires et corrompus. Les « amis de la France » dont parle M. Chirac ne sont que les siens.
– L’immigration est certes un problème, mais pour les premiers concernés : les immigrés. Le rappeler aux français exige de dénoncer l’attitude d’une majorité de représentants politicomédiatiques et de les pousser dans leurs retranchements. Combien d’entre eux nourrissent et instrumentalisent les amalgames selon lesquels une personne de couleur est forcément étrangère, les musulmans sont tous des intégristes, en matière de mariage mixte l’amour n’existe pas, les habitants des quartiers populaires ne sont pas victimes d’injustices depuis trois génération mais bien de la « racaille » qui refuse de s’intégrer ? « La France, tu l’aimes ou tu la quittes… ! » a récemment déclaré notre ministre de la police. Nous lui renvoyons le compliment. Nous, nous aimons cette France qui tous les jours voit des centaines de milliers de jeunes de couleurs et d’origines variées laisser leur place aux anciens dans le bus ou dans le métro, saluer poliment leurs professeurs et sourire tristement en entendant les stigmatisations dont ils sont victimes au quotidien. M. Sarkozy semble aimer la France qui ne voit que les autres, les quelques uns qui ont décidé de ne pas respecter les lois de la République. On se demande d’ailleurs bien quels exemples ils ont pu suivre…
Comme vous le savez, M. Tumultini, il faut toujours essayer de voir un petit peu plus loin que le bout de son nez en cherchant à dévoiler les intérêts méprisables de ceux qui instrumentalisent la haine et l’exclusion. A se dire que des formules lepenistes du type « je préfère ma sœur à ma cousine, ma cousine à mon voisin… » sont pleines de bon sens, on finit par se retrouver bien seul . Ce problème est sans doute bien plus dangereux que le supposé problème de l’immigration, qui jusqu’ici a permis à la France de ne pas étouffer dans ses névroses…Ce type de formule et de logique, dont la loi CESEDA est une illustration, part en effet du présupposé que l’on doit toujours se trouver un ennemi. Nous n’avons pour notre part aucune envie de nous chercher des ennemis. Et une fois de plus, ce n’est pas par morale, mais par intérêt…
« Magyd » - Loïc Lantoine
PS : Nous dédicaçons cette chronique à tous les enfants menacés d’expulsion dès la fin de l’année scolaire et à tous celles et ceux qui s’y opposent. Information et Pétitions en ligne à http://www.educationsansfrontieres.org/ et http://www.educationsansfrontieres.org/"
Documents joints
- Document (MP3 – 63.9 Mo)
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