TUMULTES 21/03/06 : le poème provisoire de SYLVIE NEVE / le point sur le mouvement anti CPE TUMULTES
mercredi 22 mars 2006
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Du Tumulte dans les Contes de fées !
Peau d’âne, poème expansé, poème provisoire de Sylvie Nève, 3ème semaine de mars 2006 – Printemps des Poètes.
Résumé des chapitres précédents :
Le Roi a accepté de faire abattre son âne, son cher âne, pour en offrir la peau à sa fille. La Princesse n’a plus le choix d’atermoyer, il lui faut se sauver au plus vite, et loin, cachée sous la peau de l’âne.
Devenue Peau d’âne, la pauvre princesse
avançait, toujours plus sale et plus triste
essuyant les quolibets et sa crasse
d’un revers de main, revers du destin
las, princesse chue, et la risée.
Qui ne s’esclaffe à son passage ?
Moquée par les gamins qui la poursuivaient
et jettaient sur le pauvre pelage
des volées d’orge et d’injures.
« Ah la sale !
Oh la vilaine
gueuse !
Venez voir
venez voir :
l’âne
est une cochonne !
Hi-han
Hi-han »
Peau d’âne alla loin, bien loin
jusqu’à ce qu’une fermière l’embauchât enfin
C’était là surgissant une souillon à point nommé
les vieux torchons s’en accommoderaient
les cochons et leur auge, aussi ;
et Peau d’âne, bien heureuse qu’enfin elle puisse
travailler, se mit aussitôt à l’ouvrage
frottant, raclant, grattant
la crasse des autres
et des animaux les plus réputés
pour leur particulière saleté.
Peau d’âne s’affairant dans les coins
Peau d’âne au fond de la cuisine
Peau d’âne par çi
Peau d’âne par là
petits et grands la raillaient, tiraillaient
tiraient ses poils, l’humiliaient à tout crin
journaliers, valets de la ferme
ces braves à trois poils se moquaient
s’amusaient beaucoup de la pauvre souillon
recluse en son pelage et ses sales besognes
oh la malpropre oh la cochonne
elle est poilue, sauf au menton
s’en faut d’un poil, hou la Peau d’âne
toujours à poil !
« Mais pas dans la main – elle !
Fichez le camp, au travail, sorte de morveux »
La fermière prenait sa défense, louant son courage,
elle seule voulait bien respecter
l’outrance malodorante d’une parure insensée.
Quand les autres dansaient, le dimanche
Peau d’âne rejoignait sa cabane, ouvrait sa malle
sortait les peignes, ses crèmes et ses onguents
se décrassait d’abord, puis conviait sa peau
aux parfums onctueux, aux fards subtils
dont elle usait à l’envi, heureuse enfin
de sentir bon, de se sentir belle
pour choisir à point l’une de ses trois robes
et suivre en cela l’inflexion du temps
– faisait-il plutôt bleu, plutôt nuageux
le soleil était-il au zénith– ou au contraire
s’habiller de lune quand le soleil resplendissait
ou se parer couleur d’azur
quand il bruinait...
Porter ses robes lui mettait du baume au cœur
qui la menait jusqu’à l’autre dimanche
avec ce seul regret que la queue de leur traîne
sur le plancher trop court ne pouvait s’étaler.
Cette métairie
pas n’importe quelle métairie
une métairie du roi de ce royaume
où volaille et oiseaux de partout prospéraient
engraissés ou dressés, c’était selon
qu’on fut pintade, oie, ou canard de barbarie
ou bien paon, flamand rose ou perroquet
caille ou bien faucon…
Ibis rouge, héron cendré
quetzal resplendissant
bécassine des marais, bécasseau tacheté
klouitent klouitent les chevaliers guignette
la bergeronnette des ruisseaux
flamants roses, oies cendrées
cailles des blés, oiseaux jardiniers
accourent à tire d’aile les chevaliers gambette
quand Peau d’âne retourne le soir venu
dans son humble cabane.
Oiseaux, volières, volaille
métairies, villages, vallons, forêts, châteaux
serviteurs, royaume, Reine, Roi,
et fils !
Le roi de ce royaume avait un fils
le fils du roi
le fils du roi de ce royaume
était beau
beau garçon
était très beau garçon
oh le beau
Prince
se dit Peau d’âne
qui sentit battre sous la peau de l’âne
son cœur de princesse.
Documents joints
- Document (MP3 – 42.3 Mo)
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